Je compte sur vous : Interview de Pascal Elbé

28 Décembre 2015

Après Tête de Turc, son premier film, Pascal Elbé repasse derrière la caméra pour "Je compte sur vous" en salles le 30 décembre...

Un thriller palpitant inspiré de la vie de l'escroc Franco-Israélien Gilbert Chikli..avec dans le rôle principal, un Vincent Elbaz très inspiré, en manipulateur cruel, pathétique, et drôle...

Pascal Elbé nous a reçu pour nous parler de sa deuxième réalisation...



Quel A Été Le Point De Départ De Ce Film ?

J’avais été frappé par un fait divers que j’avais lu dans les journaux. Un type avait réussi, juste avec un téléphone, à manipuler la directrice d’un très grand groupe financier qui, sous son emprise psychologique, avait fini par lui apporter un sac de billets de banque dans les toilettes d’une brasserie parisienne. J’avais trouvé ce procédé extrêmement cinématographique, et j’en ai parlé à Isaac Sharry, mon producteur qui m’a mis en contact avec cet escroc. Après avoir rencontré ce dernier, et écouté son histoire je me suis totalement affranchi de ce qu’il m’avait raconté pour écrire ma propre histoire avec mon propre personnage. Mais j’insiste : ce n’est surtout pas un biopic sur lui.

Comment avez vous abordé l’écriture pour dépeindre ce personnage ?

Je ne voulais surtout pas faire l’éloge de l’escroquerie avec un personnage trop flamboyant, mais plutôt m’attacher à montrer le point de vue des victimes, leurs souffrances, et les dommages collatéraux que ses actes peuvent provoquer. Je le voulais sympathique et re doutable, mais sans le glorifier. Certes, on peut être gêné parce que c’est un escroc, et on peut être dans le jugement. Mais ce débat ne m’intéresse pas du tout. Je me suis donné une grande liberté pour le dépeindre. Je voulais faire en sorte qu’on s’attache à lui quand même. Au début de l’écriture, je le jugeais et lorsque je l’ai fait lire autour de moi, on trouvait que je n’aimais pas mon personnage, il était très antipathique, alors j’ai réécrit. J’ai ajouté des passages où on le voit en souffrance, puis je lui accordé quelques circonstances atténuantes, pour expliquer comment et pourquoi il en était arrivé  là. J’aime bien l’idée qu’il puisse provoquer une gêne chez le spectateur, il est cruellement drôle, on rit et en même temps, on se dit que c’est un salaud. On est un peu ballotés, et c’est ça qui m’intéressait. Il n’est ni méchant, ni gentil, c’est un escroc manipulateur, et pas un héros. Mais j’adore les films avec des anti héros.


Vous dites que Gilbert Chikli, le personnage qui a inspiré le film a  «  votre attention mais pas votre considération ». Cette attention et ce film ne vous ont jamais laissé penser que c’était quand même lui faire plaisir et lui accorder trop d’importance ?

Mais absolument pas ! Sa vie ne m’intéresse pas, lui ne m’intéresse pas. Faire un braquage avec un téléphone dans une époque où tout est contrôlé et tracé, cela semble impossible. Pourtant il a réussi à s’infiltrer dans des sociétés ultra sécurisées comme Dassault, ou Thomson armements juste avec un téléphone. Et ça c’est un vrai sujet de film. Mais je ne raconte pas du tout sa vie, je fais le portrait d’un manipulateur, point final.


Vous avez choisi Vincent Elbaz pour incarner le personnage principal, comment s’est passé la collaboration avec lui et pourquoi ce choix ?

Je trouve qu’il avait le bon profil pour l’interpréter, car c’est pour moi un acteur très solaire, avec beaucoup de charme. Pour moi, il remplissait toutes les conditions que je voulais réunir. De plus, on se connaît bien car on avait déjà tourné ensemble.On a beaucoup parlé du personnage au départ. Mais plus de sa psychologie, que de la façon de l’interpréter. Puis je l’ai laissé tranquille. Ensuite, sur le tournage, je lui ai demandé de rester un type lambda, qui se transforme en diable dès qu’il prend le téléphone.


Et le choix de Julie Gayet pour incarner sa femme dans le film, c'est pour éviter un contrôle fiscal ?

(sourire) Ben je suis mal barré parce que ça me laisse une tranquillité temporaire !

En fait, je voulais une actrice qui reflète la fille de bonne famille, pour qu’à la première image où on les voit ensemble, leur histoire soit immédiatement racontée. Il fallait qu’on voit directement ce couple avec deux opposés qui s’attirent et qu’on sente chez elle une éducation, un univers éloigné de celui de son mari. Julie dégage une élégance naturelle qui était nécessaire au personnage. Par ailleurs, je la connais depuis longtemps et je trouve que c’est une très bonne actrice. Je ne l’ai pas choisie pour de mauvaises raisons, cela aurait été stupide.


Il y a aussi de nombreux « seconds rôles » très travaillés : Zabou, Anne Charrier, Lionel Abelanski, Nicole Calfan, Ludovik, entre autres, vous les avez facilement convaincus ?

Ce sont quasiment tous des amis. Le privilège quand on est acteur c’est d’avoir une adhésion rapide (ou pas). Par exemple, j’avais déjà tourné avec Zabou, notamment dans le film « 24 jours » et cela nous avait rapprochés car nous avions des choses très fortes à jouer. De plus c’est une des meilleures actrices à mon sens.

Quelle atmosphère avez-vous instauré sur le tournage ?

Il y avait une grande pression car on a tourné dans l’urgence en 6 semaines, mais jamais avec des tensions. Je n’aime pas travailler dans le conflit. En revanche, je suis très exigeant, j’accorde à mes acteurs une grande liberté, une grande détente mais aussi une énorme exigence. Je ne relâche jamais la pression, dès qu’on a fini un plan, on passe à un autre immédiatement donc ça peut les bousculer, mais c’est comme ça que je fonctionne et je n’avais pas le choix vu la courte durée de tournage.


Vous êtes au départ acteur et scénariste, comment avez vous appris la mise en scène ?

A force de fréquenter les plateaux, et aussi parce que je suis un enfant de l’image, donc inconsciemment c’est un exercice qui m’est apparu naturel. Au fil du temps, je me suis aperçu qu’instinctivement sur un plateau, je savais où poser ma caméra. ça m’a semblé de plus en plus « facile », et vu que je n’ai pas eu de facilités à l’école, je me rattrape sur le tard !


Au niveau de l’image, on sent de multiples influences, quelles sont elles ?

J’aime beaucoup le cinéma américain, italien entre autres. Mes influences viennent sans doute de là.
J’attache beaucoup d’importance au cadre et à la lumière. J’essaie de les soigner. J’ai parfois trop souffert d’un certain cinéma Français naturaliste avec une mise en scène qui n’aide pas. Moi j’ai besoin de me laisser embarquer dans des ambiances et de prendre du temps pour choisir la lumière les décors les costumes, ça me plaît beaucoup.


Côté montage, quelles étaient vos exigences ?

Je voulais une première partie où on dissèque l’arnaque de bout en bout, et la deuxième qui soit plus dans le polar avec un côté drame. J’ai cherché à découper le film en deux actes avec d’abord la flamboyance, puis la chute.


Vous avez tourné à Paris et aussi à Tel Aviv, qu’est ce que vous trouvez « cinégénique » dans cette ville d’Israël ?

Il y a une lumière, un urbanisme, une architecture et une ambiance comparables à celles de New-York. Quel que soit l’endroit où l’on pose sa caméra, il y a une énergie que je ne retrouve pas ailleurs. Pour faire une mauvaise image ou un mauvais cadre à Tel Aviv, il faut vraiment le faire exprès. Tout endroit là bas peut faire l’objet d’une scène intéressante.


Dans le film, votre personnage a des poussées d’adrénaline avec les arnaques qu’il organise. Et vous, quels sont les moments qui peuvent déclencher la même chose sur un tournage ?

Lorsque j’arrive sur une scène où tout est à réinventer et à créer. Ou encore lorsque je dirige des acteurs. Et puis aussi, arriver en fin de journée et me dire que la scène tient debout et que j’ai pu obtenir ce que je voulais. C’est un moment qui déclenche vraiment cette adrénaline.


Dans un reportage d’Envoyé spécial diffusé en juin dernier sur France 2, consacré à Gilbert Chikli,(qui a inspiré le film) il était expliqué que celui-ci allait toucher des droits sur les entrées du film ? Qu’en est-il ?

C’est absolument faux et archi faux, il ne touchera aucune royalties. J’ai sans doute eu tort de ne pas répondre aux journalistes qui ont fait ce reportage, mais j’aurais dû. Cela aurait évité ce genre d’affirmation totalement erronée. Au départ, le producteur a acheté son histoire pour une somme dérisoire, mais ensuite nous avons coupé tout lien de ce genre avec lui.
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